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Résistance, blocage, protection : le mot change tout.

  • Photo du rédacteur: Laurence Sanchez
    Laurence Sanchez
  • 27 mai
  • 5 min de lecture
Résistance, blocage, protection : ces mots ne décrivent pas la même chose. Comprendre la différence change tout à la façon dont on aborde ce qui coince en thérapie. Résistance, blocage, protection : le mot change tout.

Résistance, blocage, protection : le mot change tout.


On pourrait croire que c'est une question de sémantique. Que résistance, blocage, protection, ça revient au même, qu'on parle de la même réalité avec des étiquettes différentes.


Mais les mots ne sont pas neutres. Ils orientent le regard. Ils désignent un coupable. Ils indiquent où chercher la solution.


Et en thérapie, choisir le bon mot peut changer radicalement ce qu'on fait de ce qui coince.


"Résistance" un terme qui pointe dans la mauvaise direction


Le mot vient de la psychanalyse. Il désigne quelque chose à l'intérieur du patient qui s'oppose au travail thérapeutique - une force interne qui empêche d'accéder à certaines choses, de dénouer certains conflits.


Le problème, ce n'est pas que ce concept ne décrit rien de réel. C'est qu'il met la responsabilité du côté du patient. Comme si c'était lui qui refusait. Qui sabotait. Qui freinait.


Or ce n'est presque jamais conscient. Et surtout, ce n'est pas toujours lui le problème.


Parce que parfois, quand quelque chose coince en thérapie, c'est parce que le thérapeute va trop vite. Parce que le protocole ne correspond pas au rythme de la personne. Parce que la relation n'est pas encore suffisamment sécurisante pour aller là où on essaie d'aller ensemble.


Nommer ça "résistance du patient", dans ces cas-là, c'est se donner la patate chaude et ne pas se poser les bonnes questions.


"Blocage" plus honnête, mais encore incomplet


Blocage dit déjà quelque chose de différent. Il ne désigne personne en particulier. Il constate qu'il se passe quelque chose dans la thérapie - un endroit où on n'avance plus, où quelque chose ne circule pas.


C'est un terme que je préfère pour décrire ce qui se passe dans la relation thérapeutique. Parce qu'il ouvre une question plutôt qu'il ne ferme un verdict : qu'est-ce qui bloque ? D'où ça vient ? Est-ce que ça vient du patient, de moi, de nous deux ?


Mais il ne dit pas encore pourquoi. Il ne dit pas ce que ce blocage essaie de faire.


"Protection" : le mot qui change tout


Protection, c'est le mot qui me semble le plus juste. Pas parce qu'il est plus doux mais parce qu'il est plus précis.


Il dit quelque chose d'essentiel sur la fonction de ce qui se passe. Le cerveau n'est pas câblé pour notre bonheur. Il est câblé pour notre survie. Et quand il perçoit un danger - même un danger qui date de vingt ans, même un danger qui n'existe plus vraiment - il active ce qu'il a appris à faire pour vous maintenir en vie.


Ces protections ne sont pas choisies. Elles se sont construites, souvent dans l'enfance, avec les ressources disponibles à ce moment-là. Un enfant n'a pas d'argent, ne peut pas partir, n'a pas un cortex préfrontal pleinement développé. Alors il trouve ce qu'il peut. Il s'adapte. Il invente des stratégies souvent remarquablement efficaces pour l'enfant qu'il était, dans le contexte qu'il vivait.


Le problème, c'est que le cerveau n'a aucune raison spontanée de remettre ces stratégies en question. Il les a enregistrées comme "ça marche". Il continue de les utiliser. Même adulte. Même quand le contexte a radicalement changé.


Changer ces automatismes demande énormément de ressources du temps, de l'énergie, de la sécurité intérieure. Alors quand une partie de vous freine, ce n'est pas de la mauvaise volonté. C'est votre cerveau qui fait son travail. La vraie question n'est pas pourquoi tu résistes mais de quoi tu te protèges.


Concrètement, à quoi ça ressemble


Un blocage ne se présente pas toujours de façon évidente. Ce n'est pas forcément quelqu'un qui dit non, qui refuse de parler, qui repart au bout de deux séances.


Ça peut être des rendez-vous annulés régulièrement, à la dernière minute. Une histoire urgente qui surgit juste avant un exercice difficile et qui prend toute la place, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus le temps de faire l'exercice. Un "je ne ressens rien" prononcé avec une gêne visible sur le visage, qui dit exactement le contraire de ce que les mots disent.


Ça peut aussi être une thérapie qui tourne en rond. Les mêmes sujets, les mêmes schémas, sans que rien ne semble vraiment bouger. Ou à l'inverse, un patient qu'on commence à oublier entre les séances - un signe, parfois, que quelque chose dans la relation s'est mis en veille.


Chacune de ces manifestations est différente. Chacune demande une réponse différente. Il n'y a pas de grille universelle.


La posture qui change tout : la curiosité


Face à un blocage, la tentation - surtout en début de pratique -c'est de s'activer. De sortir tous les outils, d'essayer technique après technique, de trouver quelque chose qui va débloquer la situation.


Ça ne marche pas. Parce qu'en s'agitant ainsi, on est en train de gérer sa propre anxiété - pas d'être présent à ce qui se passe pour le patient.


Ce qui fonctionne mieux, c'est de nommer. Avec douceur, avec curiosité, sans verdict. J'ai l'impression que quelque chose est difficile ici. Vous le sentez aussi ? Ou : Ça fait deux fois qu'on essaie cet exercice et qu'autre chose surgit juste avant. Je me demande si une partie de vous a peur de ce qu'on pourrait trouver.


Pas pour coincer. Pour ouvrir. Souvent, nommer suffit à faire bouger quelque chose.


Et si le patient ne reconnaît pas ce que le thérapeute a perçu - c'est une information aussi. Peut-être que ça vient du thérapeute. Quelque chose à explorer en supervision.


Quand la peur est trop grande pour avancer


Il y a des blocages qui ne sont pas des obstacles à contourner. Ce sont des signaux à respecter.


La peur de s'effondrer si on parle de certaines choses. La peur que changer détruise une relation importante. La peur de ne plus se reconnaître de l'autre côté du travail. Ces peurs-là sont réelles. Et si elles sont trop intenses, forcer n'a aucun sens - ni éthiquement, ni thérapeutiquement.


Dans ces cas-là, on travaille la peur d'abord. On ne tire pas quelqu'un vers un endroit qui l'angoisse trop.


Et parfois, certaines personnes choisissent de colmater plutôt que de reconstruire. De gérer ce qui est difficile sans aller chercher les fondations. C'est un choix légitime. Le rôle du thérapeute n'est pas de pousser - c'est d'informer sur ce qu'il voit, sur les risques éventuels, et de respecter ce que la personne décide pour elle-même. Peut-être qu'elle reviendra dans deux ans. Peut-être dans dix. Peut-être jamais. C'est son droit.


On n'est pas obligé de tout dire pour avancer


Beaucoup de personnes n'abordent pas certains sujets en thérapie parce qu'elles ont trop honte, trop peur de ce qui pourrait sortir si elles ouvrent cette porte-là.


Ce qu'il faut savoir : on n'est pas obligé de tout raconter pour travailler. Il existe des approches dans lesquelles le contenu n'a pas besoin d'être verbalisé. On peut nommer une émotion, une sensation, une intensité - sans expliquer d'où ça vient. On peut travailler sur quelque chose en sachant qu'il y a un événement, sans que cet événement soit jamais mis en mots.


La thérapie n'est pas un confessionnal. C'est un espace pour avancer à votre rythme, avec ce que vous pouvez donner.


Ce que je retiens, après des années de pratique : un blocage n'est jamais un ennemi. C'est une partie de vous qui a fait de son mieux, avec ce qu'elle avait, au moment où elle en avait besoin.


Le comprendre, c'est déjà commencer à le transformer.


Résistance, blocage, protection : le mot change tout.


Laurence Sanchez -  Thérapeute psycho-émotionnelle & somatique


J’accompagne depuis plus de 15 ans des personnes qui portent des blessures profondes : attachement insécure, anxiété, épuisement émotionnel. Mon approche relie corps, système nerveux et émotions, pour nourrir pas à pas un sentiment de sécurité intérieure.


🌱 Si ces mots résonnent, explorez mes autres articles : ils offrent des pistes concrètes pour prendre soin de votre équilibre.


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