Pourquoi est-il si difficile de changer ?
- Laurence Sanchez

- 7 juil.
- 4 min de lecture
Pourquoi est-il si difficile de changer ?
Il y a une phrase qu'on entend souvent, en couple surtout : " On ne change pas les gens. "
Elle sonne comme une évidence résignée.
Et en même temps, si c'était vrai, à quoi servirait une thérapie ?
À quoi servirait le travail qu'on fait, patiemment, pour aller un peu mieux ?
Il y a là une contradiction qui mérite d'être déplacée plutôt que résolue trop vite.
Il n'y a pas un " moi " à réparer
Nous avons tous déjà vécu cette scène.
Quelqu'un nous dit :
" Tu as changé. "
Et parfois c'est un compliment.
Parfois un reproche.
Comme si changer était à la fois ce qu'on attend de nous... et ce qu'on nous reproche ensuite.
On part souvent d'une idée fausse : celle qu'il existerait un moi stable, définitif, qu'il faudrait ajuster, corriger, améliorer, un peu comme on répare un objet. Mais on n'est pas un objet figé.
On est différent selon qu'on parle à un supérieur ou à son équipe, à ses amis ou à sa famille, dans une file d'attente à l'hôpital ou pressé dans le métro.
Cette personne " impatiente ", est-ce qu'elle l'est vraiment partout, tout le temps ? Ou seulement dans certains contextes bien précis ?
Cette question change complètement la manière d'aborder le changement.
On ne cherche plus à devenir quelqu'un d'autre, en bloc.
On cherche à comprendre où, précisément, une manière d'être ne nous convient plus.
La différence entre un trait et un état
Il y a une distinction utile ici : un état, c'est passager - je suis stressé·e aujourd'hui parce que j'ai mal dormi, parce que mon enfant est malade, parce que l'ambiance autour de moi l'impose.
Un trait, en revanche, est plus ancré, plus stable dans le temps.
Par exemple, je réagis avec irritabilité depuis vingt ans dès que je me sens critiqué.
Et le travail sur soi devient beaucoup plus juste quand on sait lequel des deux on est en train de regarder.
Vouloir "réparer" un état comme s'il s'agissait d'un trait profond, c'est se fatiguer pour rien.
Et l'inverse est vrai aussi : ignorer un trait vraiment ancré en espérant qu'il disparaisse par la seule volonté, c'est se préparer à la déception.
Ce qui rend le changement possible - ou pas
Le changement ne se décide pas depuis l'extérieur.
On ne peut pas décider, à la place de quelqu'un, qu'il doit devenir autre chose.
Ce qui rend un changement possible, ce sont plusieurs choses à la fois : est-ce que la personne concernée voit elle-même le problème ? Est-ce qu'elle a envie d'y travailler ? Est-ce que ce comportement a une fonction - qu'est-ce qu'il essaie, quelque part, de protéger ou d'apaiser ? Et surtout : est-ce que ce trait est vraiment constitutif de qui elle est, ou est-ce une réponse à un contexte particulier qui, si on le change, changera aussi le comportement ?
C'est là que la nuance devient importante, aussi bien pour soi que pour accompagner quelqu'un d'autre.
On ne travaille pas de la même façon sur une jalousie née d'une peur de l'abandon récente, et sur une anxiété installée depuis l'enfance.
Ce que cela change, concrètement
Il y a un piège auquel on est tous exposé, surtout à une époque où l'on se reconnaît volontiers dans des diagnostics, des typologies, des étiquettes qu'on trouve en ligne.
Nommer quelque chose peut vraiment soulager - cela permet de sortir de l'errance, de comprendre enfin pourquoi certaines situations sont si difficiles.
Mais nommer n'est pas s'y enfermer.
Un diagnostic posé il y a dix ans mérite parfois d'être révisé : la personne a peut-être changé depuis.
Pouvoir se dire : " J'ai été quelqu'un de très anxieux, je ne le suis plus autant aujourd'hui. " reste possible, si l'on n'a pas figé cette étiquette comme une vérité définitive sur soi.
Ce que cela change, concrètement
Plutôt que de viser une transformation générale de soi-même - devenir quelqu'un d'apaisé, de confiant, de discipliné, en bloc et pour toujours - il devient souvent plus juste de se demander : dans quel contexte précis, avec qui, dans quelle situation, cette manière d'être me pèse-t-elle vraiment ?
C'est une question plus modeste que " Comment devenir la meilleure version de moi-même ? "
Mais c'est aussi, peut-être, la seule qui ouvre vraiment une voie de changement - sans épuisement, et sans se juger en continu pour ce qu'on n'est pas encore parvenu à être.
Peut-être que changer ne consiste pas à devenir quelqu'un d'autre.
Mais plutôt à cesser de croire que nous sommes toujours la même personne, partout, avec tout le monde et dans toutes les situations.
Pourquoi est-il si difficile de changer ? Ce qu'on oublie quand on cherche à s'améliorer...
Laurence Sanchez - Thérapeute psycho-émotionnelle & somatique
J’accompagne depuis plus de 15 ans des personnes qui portent des blessures profondes : attachement insécure, anxiété, épuisement émotionnel. Mon approche relie corps, système nerveux et émotions, pour nourrir pas à pas un sentiment de sécurité intérieure.
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