Les exercices entre les séances
- Laurence Sanchez

- 14 avr.
- 4 min de lecture
Les “exercices entre les séances” en thérapie : utiles… ou contre-productifs ?
Il y a des mots qui crispent immédiatement.
Devoirs.
Exercices.
Rien que de les entendre, certaines personnes ressentent déjà une forme de pression. Comme un retour à l’école. Comme si, en plus de ce qu’elles traversent déjà, il fallait encore “ bien faire ”.
Et pourtant… dans de nombreuses approches thérapeutiques, ces propositions existent.
Parfois de manière centrale. Parfois pas du tout.
Alors, qu’en est-il vraiment ?
Est-ce que les exercices entre les séances aident ? Ou est-ce qu’ils risquent d’ajouter une couche de tension là où il y en a déjà beaucoup ?
Deux visions de la thérapie
Dans la pratique, il existe deux courants.
D’un côté, des thérapeutes qui proposent des exercices entre les séances.
De l’autre, ceux qui n’en donnent pas du tout.
Les arguments des seconds sont loin d’être anodins :
La thérapie ne doit pas devenir “scolaire”.
Le cœur du changement se joue dans la relation thérapeutique.
Et surtout : demander des exercices peut renforcer le sentiment d’échec, notamment chez les personnes déjà très exigeantes avec elles-mêmes.
Ce dernier point mérite d’être pris très au sérieux.
Car certaines personnes arrivent en thérapie avec une autocritique déjà très présente. Leur proposer quelque chose “à faire” peut rapidement être vécu comme une attente supplémentaire… et donc comme un terrain fertile pour se juger encore.
Alors pourquoi en proposer malgré tout ?
Si certains thérapeutes continuent à proposer des exercices, ce n’est pas par automatisme.
C’est souvent lié à une observation simple : une séance, aussi précieuse soit-elle, représente très peu de temps dans une semaine.
Une heure.
Face à… tout le reste.
Ce qui se joue en séance peut ouvrir des compréhensions profondes. Mais pour que ces compréhensions s’incarnent, se stabilisent, deviennent des appuis dans la vie réelle… cela demande autre chose.
Du temps.
De la répétition.
Des expériences vécues.
C’est là que la notion de plasticité cérébrale entre en jeu : notre cerveau ne se transforme pas uniquement parce que nous comprenons quelque chose. Il évolue parce que nous vivons, répétons, expérimentons différemment.
Autrement dit : comprendre ne suffit pas toujours.
Un espace pour expérimenter “ à chaud ”
Un autre point souvent sous-estimé : la thérapie ne se déroule pas toujours au moment exact où la difficulté surgit.
On parle d’un conflit… après coup.
D’une montée d’angoisse… une fois qu’elle est passée.
Les exercices, lorsqu’ils sont proposés avec justesse, permettent d’intervenir autrement : dans le moment, ou juste après.
Observer ce qui se passe.
Tenter autre chose.
Ressentir différemment.
Ce ne sont plus seulement des idées.
Ce sont des expériences.
S’impliquer… sans se forcer
Il y a aussi quelque chose de plus subtil.
Quand une personne s’approprie un exercice, qu’elle choisit de l’explorer à son rythme, cela peut soutenir un mouvement important : celui de redevenir actrice de son propre chemin.
Mais cela ne peut fonctionner que sous une condition essentielle :
le consentement.
Un exercice imposé perd souvent son sens.
Un exercice choisi peut devenir un appui.
Dans certains cas, ne rien proposer est même plus ajusté.
Notamment quand la personne est déjà en surcharge, ou lorsqu’elle a besoin de retrouver de la sécurité avant toute forme d’engagement.
Concrètement, de quoi parle-t-on ?
Les exercices entre les séances prennent des formes très variées.
Et surtout, ils ne sont pas forcément ce que l’on imagine.
Cela peut être :
Revenir à une visualisation vécue en séance pour apaiser un moment difficile
Observer ses réactions dans une situation concrète
Expérimenter une autre manière de communiquer
Écrire une lettre (sans jamais l’envoyer) pour déposer ce qui est resté en soi
Faire un exercice corporel simple, comme respirer autrement ou ralentir
Parfois, ce sont aussi des explorations plus profondes, comme revisiter son histoire à travers une “ ligne de vie ” (calendrier de vie).
Mais dans tous les cas, l’intention reste la même :
créer un pont entre la séance… et la vie.
Et si la personne ne fait pas les exercices ?
C’est une question importante.
Et la réponse n’est pas forcément celle que l’on imagine.
Ne pas faire un exercice n’est pas un échec.
C’est une information.
Parfois, cela indique que c’était trop.
Parfois, que ce n’était pas le bon moment.
Parfois même… que quelque chose est en train de changer.
Par exemple, une personne qui a toujours cherché à répondre aux attentes des autres peut, pour la première fois, ne pas faire “ce qu’on attend d’elle ”.
Et cela, en soi, peut être un mouvement thérapeutique.
Que dit la recherche ?
Les données scientifiques vont plutôt dans le sens d’un bénéfice.
Certaines études montrent que les personnes qui s’impliquent dans des exercices entre les séances ont, en moyenne, de meilleurs résultats, notamment sur l’anxiété et la dépression.
Mais il y a une nuance importante : ce n’est pas le fait de “faire l’exercice ” qui compte le plus.
C’est la manière de s’y engager.
Un exercice fait mécaniquement, “parce qu’il faut”, a peu d’impact.
Un exercice investi, même imparfaitement, peut avoir des effets profonds.
Trouver la bonne place
Au fond, la question n’est peut-être pas :
Faut-il donner des exercices ou non ?
Mais plutôt : dans quelles conditions cela soutient réellement le processus ?
Les exercices ne sont ni indispensables… ni inutiles.
Ils peuvent être un levier.
Un appui.
Un prolongement du travail.
À condition qu’ils respectent le rythme, l’énergie et la réalité de la personne.
Une autre manière de les voir
Parfois, changer les mots change déjà beaucoup de choses.
Parler de “ devoirs ” peut activer une pression.
Parler d’ “ expériences ” ouvre vers autre chose.
Quelque chose de plus vivant.
De plus libre.
De plus ajusté.
Et peut-être que c’est là que tout se joue.
Non pas dans ce qui est proposé.
Mais dans la manière dont cela est offert… et reçu.
Laurence Sanchez - Thérapeute psycho-émotionnelle & somatique
J’accompagne depuis plus de 15 ans des personnes qui portent des blessures profondes : attachement insécure, anxiété, épuisement émotionnel. Mon approche relie corps, système nerveux et émotions, pour nourrir pas à pas un sentiment de sécurité intérieure.
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