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Comment savoir si j’ai vécu un traumatisme ?

Photo du rédacteur: Laurence Sanchez
Laurence Sanchez
il y a 4 jours
10 min de lecture
Comment reconnaître les traces d’un traumatisme ? Comprendre ses effets, les blessures de l’enfance et la différence avec le stress post-traumatique. Comment savoir si j’ai vécu un traumatisme ?

Comment savoir si j’ai vécu un traumatisme ?


Pourquoi certaines expériences continuent-elles à nous affecter des années plus tard, tandis que d’autres, parfois très difficiles, finissent par trouver leur place dans notre histoire ?


" Je ne sais pas si je peux appeler ça un traumatisme. Après tout, il y a des gens qui ont vécu bien pire. "


Cette hésitation est fréquente. Elle se retrouve chez des personnes qui ont traversé des situations douloureuses, parfois répétées pendant des années, et qui ne savent pas quelle importance leur accorder. Elles racontent leur histoire avec précision, reconnaissent que certains moments ont été difficiles, puis ajoutent presque aussitôt qu’elles n’ont pas vraiment de raison de se plaindre.


D’autres emploient au contraire le mot « traumatisme » pour désigner une expérience qui les a profondément marquées, sans toujours savoir ce qu’il recouvre.


Entre ces deux attitudes, une question se pose : comment savoir si ce que l’on a vécu relève d’un traumatisme, et quelle importance faut-il accorder à ce qui continue de nous affecter aujourd’hui ?


En quelques lignes : la gravité de l’événement ne suffit pas pour répondre. Une expérience traumatique ne conduit pas nécessairement à un trouble de stress post-traumatique (TSPT), qui répond à des critères diagnostiques précis. Une souffrance peut pourtant être réelle, durable et mériter un accompagnement sans correspondre à ce diagnostic. La question la plus utile est donc de regarder ce que cette expérience continue de produire aujourd’hui dans la vie de la personne.


Un événement difficile est-il forcément traumatisant ?


Nous avons tendance à juger un événement à sa gravité apparente. Un accident de voiture, une agression ou une catastrophe naturelle évoquent aussitôt l’idée d’un traumatisme. Une humiliation répétée, un climat familial imprévisible ou une relation dans laquelle on s’est senti constamment rabaissé semblent appartenir à une catégorie moins grave.


Pourtant, les conséquences d’une expérience ne se déduisent pas de ce que les autres peuvent en observer.


Prenons deux personnes qui vivent le même accident. La première a très peur, dort mal pendant quelques semaines, puis retrouve peu à peu son équilibre. La seconde, plusieurs mois plus tard, revoit sans cesse certaines scènes, évite de prendre la voiture et ressent une forte angoisse près du lieu de l’accident.


L’événement est le même, ses suites ne le sont pas.


Les recherches montrent que les réactions à un événement potentiellement traumatique sont très différentes d’une personne à l’autre. Beaucoup retrouvent progressivement leur équilibre, parfois après une période de détresse importante. D’autres continuent à éprouver des difficultés plusieurs mois ou plusieurs années plus tard.


Ces différences dépendent notamment de ce que chacun a traversé, des ressources dont il disposait et de ce qui s’est passé ensuite. Elles ne témoignent pas d’un manque de courage ou de valeur.


Que signifie vraiment le mot " traumatisme " ?


Dans la conversation courante, nous parlons de traumatisme lorsqu’un événement nous a profondément bouleversés.


En psychologie, le terme peut désigner les conséquences psychiques d’une expérience vécue comme particulièrement menaçante ou éprouvante, qui a débordé les ressources dont une personne disposait pour y faire face. Les définitions varient selon les approches.


Mais il est important de distinguer trois choses : l’événement vécu, les traces qu’il a pu laisser et l’éventuelle apparition d’un trouble psychique.


Le trouble de stress post-traumatique, souvent abrégé en TSPT, correspond à un ensemble de symptômes précis qui peuvent apparaître après certaines expériences traumatiques. Il ne suffit pas d’avoir vécu quelque chose de très douloureux pour présenter ce trouble.


Une séparation, des années de critiques ou une relation dévalorisante peuvent provoquer une souffrance profonde et durable sans correspondre aux critères diagnostiques du TSPT (la liste de signes que les professionnels vérifient pour poser ce diagnostic).


À l’inverse, des violences physiques ou sexuelles, certaines situations de maltraitance ou des événements mettant gravement en danger la personne peuvent être à l’origine d’un TSPT.


Cette distinction permet de mieux comprendre les difficultés rencontrées et de choisir, lorsque c’est nécessaire, un accompagnement adapté, sans établir de hiérarchie entre les souffrances.


Une souffrance reste réelle et mérite attention, avec ou sans diagnostic de TSPT.


Pourquoi deux personnes ne réagissent-elles pas de la même manière ?


Nous n’abordons jamais un événement avec une histoire vierge. Notre âge, nos expériences antérieures, nos relations et les ressources dont nous disposons influencent la façon dont nous le percevons et le traversons.


Un enfant dépend largement des adultes qui l’entourent pour comprendre ce qui lui arrive et retrouver un sentiment de sécurité. Lorsqu’il a peur, il ne peut pas toujours s’éloigner. Et lorsqu’il est humilié ou menacé par une personne dont il dépend, il peut difficilement remettre cette relation en question sans risquer de perdre une part de la sécurité dont il a besoin.


À l’âge adulte, les possibilités d’action sont généralement plus nombreuses, mais les circonstances peuvent les limiter : dépendance financière, isolement, emprise, danger réel ou absence de soutien.


Ce qui se passe après l’événement compte également. Être cru, soutenu et protégé peut favoriser le rétablissement. À l’inverse, être accusé, abandonné ou renvoyé dans un environnement menaçant peut aggraver les difficultés.


La répétition joue aussi un rôle : une menace ponctuelle et une exposition prolongée à la violence ne sollicitent pas les mêmes capacités d’adaptation.


Une synthèse de nombreuses études a notamment montré l’importance du soutien social et des difficultés rencontrées après un événement dans le risque de développer un TSPT.


Aucun facteur, pris isolément, ne permet toutefois de prédire comment une personne réagira. Il n’existe pas de mesure simple de la " résistance psychologique " qui expliquerait toutes ces différences.


Quand le danger est passé, mais que l’alerte demeure


Face à une menace, notre corps se met en état de protection. Le cœur s’accélère, la respiration change, l’attention se fixe sur ce qui pourrait être dangereux. Nous pouvons ressentir l’élan de fuir, de nous défendre ou, parfois, une sorte de paralysie que nous ne maîtrisons pas.


Ces réactions font partie de nos capacités de survie.


Après une expérience traumatique, il arrive que certaines réactions de protection continuent de se déclencher alors même que le danger n’est plus présent.


Une odeur, un bruit, une voix ou une situation qui rappellent l’événement peuvent provoquer une peur intense, une tension corporelle ou l’impression qu’un danger est tout proche.


La personne peut comprendre intellectuellement qu’elle est en sécurité, tout en ressentant quelque chose de très différent dans son corps.


Certaines manifestations méritent particulièrement notre attention :


  • Des souvenirs, des images ou des cauchemars qui s’imposent malgré soi.

  • Le besoin d’éviter certains lieux, conversations ou situations.

  • Une vigilance permanente, des sursauts ou des difficultés à se détendre.

  • Des changements dans la manière de se percevoir, de faire confiance ou d’entrer en relation avec les autres.


Ces manifestations peuvent se rencontrer dans le TSPT, mais elles ne lui sont pas exclusives. L’anxiété, la dépression et d’autres difficultés psychiques peuvent également s’accompagner de réactions similaires.


Dans les semaines qui suivent un événement difficile, il est fréquent de traverser une période de détresse. Chez beaucoup de personnes, ces réactions diminuent progressivement.


Lorsqu’elles persistent, deviennent envahissantes ou perturbent la vie quotidienne, une évaluation clinique peut aider à comprendre ce qui se passe.


Un récit calme ne dit pas tout


Certaines personnes évoquent des expériences très douloureuses sans montrer beaucoup d’émotion. Elles racontent des violences, des pertes ou des situations de danger avec une grande précision, sur un ton presque détaché.


Ce calme peut avoir plusieurs significations.


Il peut traduire une mise à distance protectrice, une difficulté à accéder à ce que l’on ressent, une manière personnelle de raconter, ou le fait d’avoir réellement intégré l’expérience au point de pouvoir en parler sans être submergé.


Chez certaines personnes, ce détachement peut être associé à des phénomènes dissociatifs, qui se manifestent notamment par une impression d’être coupé de soi-même ou de percevoir le monde environnant comme irréel.


Mais il serait imprudent de tirer une conclusion à partir de la seule manière dont une personne raconte son histoire.


Une absence d’émotion visible ne permet pas de conclure à une dissociation. Et une réaction émotionnelle intense ne suffit pas davantage à établir l’existence d’un traumatisme.


Cette prudence est essentielle : sans elle, nous risquerions de lire chaque comportement comme le signe d’une blessure cachée, sans tenir compte de la singularité de la personne.


Et les blessures de l’enfance ?


Toutes les souffrances qui prennent racine dans l’enfance ne relèvent pas d’un trouble de stress post-traumatique. Elles peuvent néanmoins façonner profondément la manière dont nous nous percevons et dont nous entrons en relation avec les autres.


Un enfant souvent critiqué peut en venir à penser qu’il n’est jamais assez bien.


Un autre, confronté à des réactions imprévisibles de ses parents, apprend à surveiller attentivement l’humeur des adultes.


Un troisième, dont les besoins affectifs sont peu reconnus, finit par juger préférable de ne rien demander.


Ces adaptations avaient un sens dans le contexte où elles sont apparues. Elles pouvaient aider l’enfant à préserver une relation, à éviter un conflit ou à se protéger d’une nouvelle déception.


Mais elles peuvent persister à l’âge adulte, alors que les circonstances ont changé.


La personne peut continuer à se montrer excessivement exigeante envers elle-même, à craindre de déranger, à avoir du mal à faire confiance ou à satisfaire les attentes des autres au détriment de ses propres besoins.


La thérapie des schémas, développée par Jeffrey Young, s’intéresse précisément à ces fonctionnements. Elle décrit les convictions profondes que nous avons construites à partir de nos expériences, ainsi que les stratégies que nous avons développées pour faire face à des besoins émotionnels restés insatisfaits.


Ces difficultés, qui ne correspondent pas forcément à un traumatisme au sens diagnostique, peuvent avoir des conséquences très concrètes sur la vie affective, relationnelle et émotionnelle.


Reconnaître ces conséquences permet de comprendre pourquoi certaines réactions, qui semblent aujourd’hui disproportionnées ou difficiles à expliquer, ont parfois une histoire.


À quel moment parle-t-on de trouble de stress post-traumatique ?


Le trouble de stress post-traumatique est un diagnostic précis, qui va au-delà du fait d’avoir été profondément marqué par un événement.


Le TSPT peut apparaître après certaines expériences particulièrement menaçantes, notamment lorsqu’une personne a été confrontée à la mort, à une menace grave, à des blessures graves ou à des violences sexuelles.


Il ne se définit toutefois pas par le seul événement vécu, mais aussi par les symptômes qui apparaissent ensuite.


Il associe plusieurs types de manifestations : le fait de revivre involontairement certains aspects de l’événement, l’évitement de ce qui le rappelle, un sentiment persistant de menace et, selon la classification utilisée, d’autres changements émotionnels ou cognitifs.


Les symptômes doivent persister dans le temps et entraîner une souffrance importante ou gêner la vie quotidienne.


Il existe également un TSPT complexe, décrit notamment après des expériences traumatiques répétées ou prolongées, souvent dans des situations dont il était difficile de s’échapper.


Aux manifestations du TSPT s’ajoutent alors des difficultés durables à réguler ses émotions, une image de soi profondément négative et des perturbations dans les relations.


Cependant, avoir subi des violences répétées ne signifie pas automatiquement présenter un TSPT complexe.


Ces distinctions demandent une évaluation par un professionnel de santé qualifié. Un questionnaire ou la lecture d’un article ne suffisent pas à poser un diagnostic.


Faut-il retrouver tous ses souvenirs pour comprendre ce qui nous arrive ?


Certaines personnes craignent de ne pas pouvoir avancer parce que leurs souvenirs sont fragmentaires.


D’autres se demandent si leurs difficultés actuelles cachent forcément un événement traumatique oublié.


La mémoire humaine ne fonctionne pas comme un enregistrement fidèle. Elle reconstruit, elle est influencée par de nombreux facteurs, et le stress peut l’affecter.


Il arrive que certains souvenirs soient difficiles à évoquer, morcelés ou particulièrement chargés d’émotion.


L’absence de souvenir précis ne prouve pas pour autant l’existence d’un traumatisme refoulé.


L’idée qu’un événement très douloureux puisse être complètement enfoui, puis retrouvé intact des années plus tard, a fait l’objet de débats scientifiques importants. Les recherches ont également montré que certaines méthodes de suggestion peuvent favoriser la formation de faux souvenirs.


Il serait donc imprudent de chercher à tout prix un événement supposé expliquer les difficultés actuelles.


Un accompagnement sérieux s’appuie sur ce dont la personne se souvient, sur ce qu’elle ressent aujourd’hui et sur les difficultés qu’elle souhaite comprendre, sans suggestion ni pression.


À quel moment demander de l’aide ?


Plutôt que de chercher uniquement à savoir si une expérience " mérite " le nom de traumatisme, il peut être plus éclairant de regarder ses conséquences actuelles.


Quelques questions que vous pouvez vous poser :

  • Certains souvenirs provoquent-ils encore une détresse importante ?

  • Évitez-vous des situations qui rappellent ce qui s’est passé ?

  • Votre sommeil, vos relations, votre travail ou votre sentiment de sécurité en sont-ils affectés ?

  • Avez-vous le sentiment de reproduire certaines réactions, même lorsque vous comprenez qu’elles ne correspondent plus à votre situation présente ?


Ces difficultés méritent attention, surtout lorsqu’elles persistent, s’aggravent ou limitent votre vie quotidienne.


Une évaluation par un professionnel formé peut aider à comprendre ce qui se passe et à déterminer si un traitement spécifique du traumatisme est indiqué.


Il n’est pas nécessaire d’avoir un TSPT pour entreprendre un travail thérapeutique.


Une souffrance dans les relations, une anxiété persistante, des difficultés à poser des limites ou une image de soi très dévalorisée peuvent pleinement justifier un accompagnement.


Nous n’avons pas à démontrer que notre histoire a été " assez grave " pour prendre au sérieux ce qu’elle a laissé en nous.


Lorsque des expériences traumatiques sont à l’origine des difficultés, il existe aujourd’hui des psychothérapies dont l’efficacité est établie, recommandées par les guides de pratique britanniques (NICE, 2018) et américains (VA/DoD, 2023).


Et lorsqu’une expérience a effectivement laissé des traces, une autre question apparaît souvent : faut-il nécessairement tout raconter, tout revivre, pour aller mieux ?


C’est ce que j’aborde dans l’article suivant :

Peut-on travailler sur un traumatisme sans avoir à tout revivre ?


Si vous êtes en danger immédiat, contactez les urgences (112 en Europe). En cas de crise suicidaire, vous pouvez contacter le 3114 en France, le 0800 32 123 en Belgique ou le 143 en Suisse.


Comment savoir si j’ai vécu un traumatisme ?


Sources principales

American Psychiatric Association, DSM-5-TR (2022) ; Organisation mondiale de la santé, CIM-11 ; NICE, recommandation NG116 (2018) ; VA/DoD, Clinical Practice Guideline for PTSD (2023) ; Kessler et al. (2017) ; Koenen et al. (2017) ; Galatzer-Levy et al. (2018) ; Brewin et al. (2000) ; Patihis et al. (2014) ; Loftus et Pickrell (1995) ; McNally (2003) ; Young, Klosko et Weishaar (2003).


Laurence Sanchez -  Thérapeute psycho-émotionnelle & somatique


J’accompagne depuis plus de 15 ans des personnes qui portent des blessures profondes : attachement insécure, anxiété, épuisement émotionnel. Mon approche relie corps, système nerveux et émotions, pour nourrir pas à pas un sentiment de sécurité intérieure.


🌱 Si ces mots résonnent, explorez mes autres articles : ils offrent des pistes concrètes pour prendre soin de votre équilibre.


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